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Alors, devrions-nous abandonner notre Sécurité sociale pour faire comme les Américains ?

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Illustration représentant deux abris, l'un aux couleurs du drapeau français, l'autre aux couleurs du drapeau américain, protégeant des figurines. Des piles de pièces et un stéthoscope sont visibles au sol.
Illustration générée par IA

En France, nous avons grandi avec une idée presque évidente : si nous tombons gravement malades, la Sécurité sociale sera là.

Une hospitalisation, une maladie chronique, un cancer ou une opération extrêmement coûteuse ne signifie généralement pas recevoir personnellement une facture correspondant au coût total des soins.

Mais cela ne veut évidemment pas dire que les soins sont gratuits.

Nous les finançons collectivement, directement ou indirectement, et beaucoup de Français paient également une complémentaire santé. Alors une question mérite d'être posée : ce système est-il réellement plus avantageux que celui des États-Unis ?

Le système de santé américain : plus complexe qu'il n'y paraît

C'est une première idée reçue à corriger.

Les États-Unis disposent eux aussi de programmes publics importants, notamment Medicare et Medicaid. Mais leur système repose beaucoup plus largement sur les assurances privées.

En 2024, 92 % de la population américaine disposait d'une assurance maladie pendant tout ou partie de l'année, tandis que 27,1 millions de personnes, soit 8 % de la population, n'avaient été assurées à aucun moment de l'année.

L'assurance liée à l'emploi est de loin la plus répandue : elle concernait 53,8 % de la population. Medicare en couvrait 19,1 % et Medicaid 17,6 %. Certaines personnes peuvent appartenir à plusieurs catégories au cours d'une même année.

Pour une partie des salariés américains bénéficiant d'une très bonne assurance professionnelle, le système de santé peut donc être bien plus protecteur qu'on ne l'imagine en France.

Mais le problème apparaît lorsque la couverture est insuffisante ou inexistante.

Coût global de la santé : qui paie le plus ?

C'est là que la comparaison devient particulièrement intéressante.

Non. Globalement, les États-Unis ne dépensent pas moins pour la santé. Ils dépensent énormément plus.

Selon le Commonwealth Fund, les dépenses américaines dépassaient 16 % du PIB en 2022. Dans les neuf autres pays riches étudiés, elles se situaient autour de 8 à 12 % en 2023.

Autrement dit, supprimer un système comparable à notre Sécurité sociale ne signifie absolument pas que la santé coûte moins cher à une société.

L'argent change simplement de circuit : assurances privées, employeurs, programmes publics, franchises, participation des patients, factures médicales…

Et c'est probablement l'une des informations les plus contre-intuitives de cette comparaison : le pays qui s'appuie le plus sur l'assurance privée est également celui qui dépense le plus pour sa santé.

Le financement du système de santé français : une participation collective et individuelle

Il serait tout aussi faux de présenter notre système comme gratuit.

En France, le financement est collectif et les ménages supportent également directement une partie des dépenses.

En 2024, après intervention de l'Assurance maladie, de l'État et des complémentaires, 20 milliards d'euros de dépenses de santé restaient directement à la charge des ménages, soit 7,8 % de la consommation de soins et de biens médicaux.

Cela représentait en moyenne 291,60 € par habitant sur l'année pour ce périmètre de dépenses.

Attention cependant : ce chiffre ne représente pas « tout ce qu'un Français paie pour sa santé ». Il ne comprend évidemment pas de la même manière l'ensemble des prélèvements servant à financer le système ni le coût des complémentaires.

C'est justement ce qui rend les comparaisons du type « combien je sors de ma poche ? » beaucoup plus compliquées qu'elles en ont l'air.

Qualité des soins : la France est-elle la meilleure ?

Là encore, la réponse réserve quelques surprises.

Le Commonwealth Fund a comparé dix systèmes de santé selon 70 indicateurs portant notamment sur l'accès aux soins, l'équité, l'efficacité administrative, les résultats de santé et les processus de soins.

La France n'arrive pas première. Elle est cinquième.

L'Australie est première, suivie des Pays-Bas et du Royaume-Uni.

Les États-Unis sont… dixièmes et derniers.

Mais il serait injuste d'en conclure que les soins américains sont systématiquement mauvais.

Sur la catégorie évaluant les processus de soins — prévention, sécurité, coordination et implication du patient notamment — les États-Unis arrivent deuxièmes.

C'est donc beaucoup plus subtil : les États-Unis peuvent proposer des soins d'excellente qualité, mais leur système rencontre de fortes difficultés d'accès, d'équité, de coût et de résultats à l'échelle de toute la population.

Prise en charge en cas de maladie grave : une divergence philosophique

C'est probablement là que la philosophie des deux systèmes s'éloigne le plus.

Le modèle français repose fortement sur la mutualisation du risque : tout le monde contribue afin que celui qui, demain, aura besoin de soins très coûteux puisse être largement pris en charge selon les règles du système.

Aux États-Unis, la situation dépend davantage de la couverture dont dispose la personne.

Deux Américains souffrant exactement de la même maladie peuvent donc connaître des situations financières très différentes selon leur assurance, leur employeur, leur revenu, leur âge et les conditions de leur contrat.

C'est une différence fondamentale.

Faut-il abandonner notre Sécurité sociale pour le modèle américain ?

Les données disponibles ne permettent pas de conclure que ce serait financièrement avantageux.

Le modèle américain coûte globalement davantage tout en laissant une partie de la population sans couverture.

Mais cela ne signifie pas pour autant que le système de santé français soit parfait.

La France n'est que cinquième dans la comparaison du Commonwealth Fund. Elle obtient notamment la 6e place sur l'accès aux soins et la 7e sur les processus de soins.

Et surtout, il existe autre chose que le choix entre « modèle français » et « modèle américain ».

Les Pays-Bas, l'Australie, l'Allemagne, la Suisse ou le Royaume-Uni ont construit des organisations très différentes.

Les Pays-Bas, par exemple, arrivent deuxièmes du classement général et premiers pour l'accès aux soins. L'Australie arrive première au classement général.

La vraie question : améliorer notre système sans renoncer à la protection

Finalement, le débat ne devrait peut-être pas être :

« Faut-il supprimer la Sécurité sociale ? »

Mais plutôt :

« Comment conserver la protection contre les gros risques tout en rendant notre système plus efficace ? »

Car les chiffres montrent deux choses à la fois.

La France ne possède pas le meilleur système de santé du monde et nous aurions tort de considérer notre modèle comme intouchable.

Mais l'exemple américain montre également qu'une place beaucoup plus importante accordée à l'assurance privée ne garantit absolument ni des dépenses plus faibles, ni un meilleur accès aux soins pour l'ensemble de la population.

Et lorsqu'il s'agit de santé, la question n'est finalement pas seulement de savoir combien nous payons.

C'est aussi de savoir ce qui se passe le jour où nous avons réellement besoin du système.

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